Réseau artcontemporainParis / Île-de-France

Du 29 - 02 au 17 - 05 - 2020

Spaghetti Junction
Jay Tan

Vernissage le samedi 29 février à partir de 17h

Commissaire : Madeleine Mathé

Pour sa première exposition personnelle en France, Jay Tan propose Spaghetti Junction au Centre d’art contemporain Chanot. Le titre de l’exposition, qui provient de l’appellation anglophone, plutôt éloquente, désigne les pharaoniques échangeurs autoroutiers. Il résonne bien avec le parcours et la démarche de l’artiste d’origine sino-malaisienne, née en Angleterre et vivant à Rotterdam. Jay Tan entrelace finement la pluralité de ses origines dans une œuvre ouverte et pop  qui se déploie via des installations, sculptures, performances ou vidéos.

Dans une tentative de renouer avec les formes traditionnelles et familiales, la pratique quotidienne de Tan révèle ce que le passage des générations tend à oublier ou accentuer. Via une esthétique manifestement lo-fi, son œuvre porte un regard aigu sur des enjeux sociaux et politiques de notre développement mondialisé, qu’il s’agisse des effets des nouvelles technologies, des rapports de domination ou bien des normes que l’on assigne aux genres.

Au cœur de sa pratique et en écho à son histoire personnelle, Jay Tan étudie le rôle marginal  que l’histoire a accordé aux femmes ou aux identités hors normes. Dépassant cette fragilité, l’artiste constitue ainsi son panthéon de « princesses», auxquelles son œuvre rend hommage, telle une collection de posters dans une chambre d’adolescent. Ces figures issues de cultures populaires ou traditionnelles – parmi lesquelles on retrouve notamment sa grand-mère, Keanue Reeves ou encore Madame Bovary – subvertissent les normes, et ont su s’émanciper pour construire une image puissante et iconique.

Privilégiant le potentiel imaginatif que véhicule la précédente vie de l’objet, Jay Tan réalise ses pièces à partir de matériaux qu’elle récolte lors de ses marches quotidiennes, prélève dans les lieux où elle intervient ou encore reçoit. Dans le cosmos qu’elle recrée, elle entrelace ainsi les différents objets récoltés, génère intuitivement des liens entre des éléments ou personnalités à priori disparates et puise dans l’énergie et la poésie de cette « esthétique du détritus ». Élaborant sa propre grammaire de l’ornement, Jay Tan initie de subtils équilibres et révèle de vastes et sensibles réseaux comme des toiles d’araignées ou un Spaghetti Junction dans lesquels est plongé le visiteur.

 

Madeleine Mathé