Réseau artcontemporainParis / Île-de-France

Du 11 - 04 au 30 - 05 - 2026

Show d’Houdini

La Ferme, Marolles-en-Hurepoix

Le·a magicien·ne est présent·e partout dans la culture contemporaine. Iel incarne une figure ambivalente, capable du meilleur comme du pire, entre charlatanisme et miracle. Si ce personnage fascine, sa dualité semble particulièrement éclairante à une époque où il est difficile de distinguer le vrai du faux. À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, les illusionnistes et médiums inventent des tours. Harry Houdini se fait connaître pour ses évasions spectaculaires. Il défie notamment la police de Chicago en s’échappant d’une cellule verrouillée et marque les esprits avec son tour de la cuve remplie d’eau dans laquelle il s’enferme, enchaîné, avant de se libérer sous les yeux d’un public stupéfait. Cette tension entre apparition et disparition, est au cœur de la magie à cette période. Elle interroge — au même titre que l’art — notre regard et sa fiabilité.

Si de nombreuses expositions récentes ont abordé la magie à travers la figure des sorcier·ères ou des forces invisibles, le Show d’Houdini choisit de revenir au contexte du spectacle et d’explorer la figure du·e la prestidigitateur·rice — qui manipule, trompe le regard ou au contraire révèle d’autres mondes possibles — traverse les pratiques artistiques contemporaines. La scénographie imaginée par l’artiste italienne Guendalina Cerruti déploie une architecture métallique émaillée de perles colorées et brillantes. Ces structures évoquent à la fois des cages, des dispositifs d’exposition et l’univers des spectacles d’illusion, renvoyant autant à la magie qu’à la figure de Harry Houdini. Elles accueillent le travail de sept autres artistes français·es et internationaux·ales.

L’exposition explore les pouvoirs de la magie comme un outil ambivalent : instrument de manipulation ou de persuasion, mais aussi puissance d’émancipation. Le.a magicienn.e opère avec des objets du quotidien — pièces de monnaie, cartes, chapeaux — ancrés dans une réalité à la fois matérielle et économique. L’argent est sans doute l’objet le plus magique de nos sociétés : il circule comme une promesse, disparaît et réapparaît sous des formes abstraites, au gré des fluctuations des marchés. Adrien Genty présente une œuvre inspirée des tours des petit·es arnaqueur·euses de rue dont il reproduit le mécanisme, rappelant également les pratiques du close-up. Chez Lucas Erin, un véritable portefeuille déposé à hauteur du public — emprunté à un ami et contenant tous ses documents d’identité — introduit la possibilité d’un vol, qu’il s’agisse d’argent ou même d’une identité. Le·a spectateur·rice se retrouve face à une tentation réelle : l’illusion bascule vers une situation concrète où la frontière entre jeu et délit est trouble. La figure du·e la prestidigitateur·rice rejoint alors celle du·e la voleur·se.

Les cartes à jouer présentées dans le travail d’Anders Dickson prolongent cette réflexion. Comme les billets ou les pièces, elles sont des supports privilégiés de la manipulation. Elles circulent entre les mains, disparaissent, réapparaissent, se dédoublent. Elles sont à la fois objets ludiques, instruments de hasard et outils de tromperie. À travers elles, les artistes parlent des systèmes de valeurs, de chance et de pouvoir qui structurent nos sociétés. Avant même la monnaie moderne et les tours de cartes, la figure de l’alchimiste promettait déjà de transformer les métaux en or. Cette transformation symbolique trouve un écho dans le travail de Romain Best, qui récupère des métaux dans des lieux abandonnés pour les fondre et les reconfigurer. L’acte artistique devient lui-même une opération alchimique, où le rebut se transforme en œuvre.

La magie ne se limite toutefois pas à l’économie visible. Pour certain·es artistes, elle se manifeste à travers un ensemble de symboles présents dans le travail produisant d’autres systèmes de valeur. Les trois peintre·sses de l’exposition, Grichka Commaret, Audrey Couppé de Kermadec et Hatice Pinarbaşi, glissent ainsi dans leurs peintures des signes magiques imprégnés à la fois de leurs cultures et de leur environnement quotidien. Dans le travail de Hatice Pinarbaşi, le marc de café — servant notamment dans la culture kurde à lire l’avenir ou le passé d’une personne — devient trace sur la toile, tel un motif d’où surgissent et disparaissent des figures. Certains signes et images demeurent volontairement dissimulés, laissés à la discrétion des artistes comme des formules secrètes. C’est notamment le cas dans le travail d’Audrey Couppé de Kermadec, qui présente une installation semblable à un mobile composé de multiples objets rituels. La figure du double, présente dans les deux œuvres de Grichka Commaret, renforce également ce rapport à la perception : ai-je déjà vu ce que je suis en train de regarder ? La peinture, comme la magie, devient alors un support pour l’imagination et un outil d’émancipation. Ces signes composent une autre langue, un vocabulaire magique ouvrant des portails vers d’autres mondes possibles.Les artistes partagent avec les magicien·nes le souhait souvent inavoué de transformer le monde à travers la perception que nous en avons. Si, dans le cadre de la magie de prestidigitation, cette transformation s’arrête à la scène, les artistes la font déborder au-delà en offrant des possibles à imaginer ensemble. En relevant les stratégies par lesquelles les magicien·nes détournent votre regard, l’exposition invite à dépasser ce qui se donne immédiatement à voir — du moins avec les yeux — pour activer d’autres modes de perception. Elle propose d’explorer d’autres réalités : plus riches, plus complexes et peut-être aussi plus prometteuses.

Artistes : Romain Best, Guendalina Cerruti, Grichka Commaret, Audrey Couppé de Kermadec, Anders Dickson, Adrien Genty, Lucas Erin et Hatice Pinarbaşi.
Commissariat : Marion Vasseur Raluy
Comité scientifique : Jonathan Naas, Zoé Théval
Scénographie : Guendalina Cerruti
Crédits images : Guendalina Cerrut. Photo: Daria Blum.
Graphisme : Martha Salimbeni 


Vernissage : samedi 11 avril 2026, 14h–18h
Entrée libre. À la Grange (3, Grande rue), Marolles-en-Hurepoix 
Navette gratuite : Paris/Marolles-en-Hurepoix → Rendez-vous le samedi 11 avril à 14h, au métro Bibliothèque François Mitterrand (104 avenue de France, 75013 Paris), au croisement de la rue René Goscinny.
Lors du vernissage, profitez d’un buffet préparé par l’artiste Fanny Spano, offert aux visiteur·euses. Une visite vous permettra de découvrir l’exposition. Martha Salimbeni présentera ses recherches graphiques et dévoilera les premières étapes de sa résidence sur le territoire de Cœur d’Essonne.

Horaires de l’exposition : Du mardi au vendredi de 14h à 18h et les samedis de 10h à 13h et de 14h à 18h. Entrée libre.