05 - 06 - 2026
GLOBALE INVERSION INVERSION
LASSANA SARRE
Du comptoir d’entrée aux seuils des expositions, depuis le poste de contrôle – qui est aussi zone de repos et des premiers soins -, derrière leurs écrans de surveillance ou au bout du canal dédié de leurs talkie-walkies, les équipes qui assurent la sécurité et sûreté du Palais de Tokyo accueillent, observent, écoutent, contrôlent, délivrent les accès et prennent soin quotidiennement des œuvres, du public et des employé·es du centre d’art.
Depuis plusieurs mois, le peintre Lassana Sarre a passé du temps avec celles et ceux-là mêmes qui, en alerte, veillent, dont la discrétion est contractuelle mais dont le lien au lieu est particulièrement fort – certain·es étant présent·es depuis sa création. Dans le prolongement d’un projet qu’il a entrepris lors d’un voyage aux États-Unis, en dialogue confidentiel avec des agents de sécurité d’un musée new-yorkais, Lassana Sarre a écouté, parlé, marché, attendu avec, pour mieux observer à son tour les vies et les routines qui échappent aux regards collectifs.
En peinture sur les murs et en boucle sonore disséminée sur le passage, l’artiste a voulu capturer des morceaux de ces vies tissées dans une réserve qui n’est que d’apparence. Autour de la table le long de laquelle ils et elles déjeunent souvent en décalé, se partagent alors les repas préparés chez soi et les rumeurs, les silences et les repos, les anecdotes du jour et de jadis, ou les projets à venir.
Discrètement nourri des traditions de la peinture d’Histoire, du réalisme social et de l’allégorie, le pinceau de l’artiste use du pouvoir de l’art de faire apparaître et disparaître pour inverser et déplacer l’attention. Nourri du souvenir des « Papelots », immeuble de son enfance vitriote, auquel il reprend les teintes de brique et de ciment, du geste de Bruegel, de ses visites du Louvre, du MAC VAL ou des tunnels du métro, il recompose des histoires sensibles qui se fondent dans la matière. Dans un grand geste qui fait déborder les œuvres de leur cadre et emplacement usuels, il ancre les corps en présence sur les murs entre lesquels ils travaillent. Avec ses lavis, ses jus de peinture et ses empâtements de couleur, l’artiste fait mijoter les rondes, les pas et le sur-place, rejoue les bips, les pauses et les éclats – de rire ou de voix, partage les histoires secrètes et les repas dans l’intimité d’une mission de service public : l’accès à l’art pour toutes et tous dont ces protagonistes, dans leur position professionnelle d’observation et d’action, sont les agents doubles.
Artiste : Lassana Sarre
Curateur·ices : Horya Makhlouf et Hugo Vitrani, assisté·es de Candice Ratsimba