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Réseau artcontemporainParis / Île-de-France

Du 10 - 10 au 13 - 12 - 2026

Walter et Billy, sur les traces de l'enfer

Bibliothèque Smith-Lesouëf

Dans le cadre de sa saison dédiée au design graphique, la MABA investit cet automne les espaces de la Bibliothèque Smith-Lesouëf pour y présenter l’exposition Walter et Billy sur les traces de l’enfer.

Les salles d’exposition du centre d’art sont en travaux, leurs portes restent closes. C’est peut-être cela l’enfer, plutôt qu’un endroit : un moment, celui de l’empêchement. Un salon des refusés tant pour les œuvres que pour les visiteurs hésitants, incertains, … “désœuvrés” ! Exposer à la bibliothèque est une solution de repli. « Solution », car il s’agit bien de résoudre, par la fréquentation, la visite et l’attention des situations qui, dans le monde courant, apparaissent troublées tandis que s’amenuise l’accès à la création. « De repli », précisément puisque ces perturbations se nourrissent des apparences de l’évidence et des effets d’affichage. Le livre et l’édition constituent précisément des objets repliés, par leur forme, mais aussi par les entrelacements de discours, d’esthétique et de conception que disposent leurs auteurs. En découlent des comportements d’écriture et de lecture singuliers.

A contrario, “l’enfer” désignait, et désigne encore aujourd’hui les rayonnages conservant les ouvrages interdits aux yeux et à la connaissance, jugés contraires aux « bonnes » mœurs, à la norme et à l’ordre. La bibliothèque s’envisage ainsi comme outil de contrôle, de classification davantage que de transmission et de partage. Une dualité opère pour les visiteurs comme pour Walter et Billy deux protagonistes de fiction placés sous les figures tutélaires de Walter Benjamin et Billy Liljedahl. Le premier s’est intéressé aux effets de la mécanisation (imprimerie, photographie) sur l’art et a consigné dans son essai « Je déballe ma Bibliothèque » ce qui anime le collectionneur de livres : un « renouvellement du monde », une « sourde oreille à toutes les mises en garde venant du quotidien de la vie juridique ». Le second a inspiré une étagère qui porte son nom et dont il se vend un exemplaire toutes les six secondes. Deux conceptions de la bibliothèque.

En se réfugiant dans le cabinet de lecture des sœurs Smith et de l’oncle Lesouëf, Walter et Billy ne se doutent pas de ce qui l’habite déjà. Sur les rayonnages, chaque livre, replié sur lui-même, contient un monde enserré entre ses pages, fuyant dans ses marges. “Sur les Traces de l’enfer” agit à la manière d’un refuge lui-même exilé qui collecte les travaux inédits ou anciens d’auteurs et graphistes. 

L’exposition aborde le livre comme espace. Celui de son physique : format, structuration de la page, interaction des encres et du papier. Le livre est une architecture avec la façade de sa couverture, les colonnes de ses textes, les corridors de ses marges et de ses gouttières et les plages de ses images. Il est aussi un espace politique et social dans les problématiques qu’il convoque et confronte, dans les rencontres que sa conception et sa diffusion génèrent.

Les ouvrages sélectionnés pour le projet croisent ceux déjà présents dans la bibliothèque, arrivés là au fil de l’histoire de la maison et de ses hôtes. Certains sont entièrement accessibles, manipulables et lisibles. D’autres restent à distance derrière la résille des portes grillagées d’où ils ne montrent que l’alignement de leurs dos ou ne déployant qu’une double page. Au visiteur de déterminer les modalités de son parcours.

Artistes : Anouk Jeanningros, Loïs Renou, Hans Gremmen, Enter Enter, Jeremy Jansen, Johanna Himmelsbach, Jimmy Cintero, Fraser Muggeridge.. Commissariat 

Commissariat : Etienne Hervy